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LA SECTION “PORTE” OISANS FIDÈLE AU RENDEZ-VOUS DU SOUVENIR
(Texte paru dans le bulletin d'une association de résistants transmis par Henri Pellet de la 79ème promo. Voir son texte personnel.)


notes complémentaires : Le lieutenant VOLLAY qui commandait la section était surnommé "Porte" d'où le nom de son groupement.

La seconde partie (Attaque du Château d'Uriage et Combats du Poursolet) est tirée du livre "Une jeunesse engagée" édité par l'Association des anciens éclaireurs de France. Récit rédigé par A. Berthollet et A. Baroz.


LIVET-ET-GAVET
Le 13 août 1944 de violents combats firent rage Poursollet dans le massif du Taillefer, opposant les hommes de la section Porte du Maquis de l’Oisans aux troupes de la 157e division d'infanterie Allemande.

Ils ne sont désormais plus que quinze survivants de ces heures tragiques. 65 ans après, six d'entre eux, grands témoins de ces événements étaient à nouveau présents sur les lieux pour commémorer et lutter encore pour des idéaux de liberté, de justice, d'égalité, de solidarité.

C'est d'abord sur la "tombe" d'Émile Pardé, en pleine montagne, que les plus courageux se sont rendus à la pointe du jour. A leur retour, sur la plate-forme du Poursollet, ils étaient accueillis par Gilbert Dupont, maire de Livet-et-Gavet et Guy Boudinet, premier adjoint et rejoints par une foule de personnalités civiles et militaires parmi lesquelles Dario Giraldo, Président de l'Association Nationale des anciens, descendants et amis du Maquis de l'Oisans, Gérard Lanvin Lespiau, Vice- président et fils de l'emblématique capitaine Lanvin ; Alain Mistral, Conseiller Général de Valbonnais; Gilles Strappazzon, Conseiller général de Vizille ; Marie Noëlle Baffistel, suppléante du Député de l'Isère Didier Migaud ; Patrice Voir, Adjoint au Maire de Grenoble, représentant Michel Destot... de très nombreux présidents ou représentants de sections du Maquis de 1'Oisans et d'associations d'anciens combattants, mais aussi des habitants du Poursollet et des vacanciers.

En préambule de son émouvante allocution, Aimé Berthollet, Président de l'amicale des Porte, salua ses «frères de route».

Des témoins, des camarades de combat, des habitants du Poursollet, de la vallée de la Romanche et d'autres ont souvent rapporté comment Charly Vallin, Jean Gilly, Georges Armand, Émile Pardé, Pierre Rimey-Meille, Max Robert, Georges Duffaud, mais aussi Guerino Mocellin de la section Marceau à la Barrière, le Docteur Kaufman médecin de Valbonnais, quatre copains de la section Marceau dont Robert Josserand et quatre inconnus, - peut-être des Murois -, ont été torturés et massacrés.

Aux morts du Poursollet, des camarades Porte tombés dans les derniers combats de la guerre, Raymond Dubois- Chabert dans les Vosges; Robert Brandeburger en Allemagne et François Massenavette en Indochine ont été unis dans les pensées en ce jour anniversaire. Guy Boudinet, adjoint au maire de Livet-et-Gavet, plaça ensuite son allocution sous le signe de la jeunesse et exhorta l'assemblée, comme les "Porte "lors de la dernière guerre mondiale, à résister pour la liberté, l'égalité, la fraternité et la Paix.

Au pied du panneau "parcours du souvenir" placé contre la roche surplombant le parking à côté de la plaque des Porte, expliquant les combats d'août 1944 et l'emplacement des tombes de ceux morts pour la liberté au Poursollet et invitant le passant au recueillement plusieurs gerbes furent déposées. Comme à l'accoutumée, le cortège se déplaça devant les tombes Georges Armand, Roger Chariglione, Jean Gily,  Charly Vallin, pour se recueillir et déposer des fleurs. Vers 13 heures, un apéritif extrêmement chaleureux fut offert par le 93e Régiment d'Artillerie de Montagne de Varces. S'en suivi un repas montagnard au Chalet militaire du 7e Régiment de Matériel de l'Alpe du Grand Serre.

En fin d'après midi, le cortège se rendit aux Clots de Rioupéroux devant la "tombe" de Georges Duffaud et celle de Max Robert à Gavet.

ATTAQUE DU CHÂTEAU D'URIAGE, OCCUPÉ PAR LA MILICE ET LES ALLEMANDS
On ne doit tirer que sur ordre. Dans mon groupe, le légionnaire Gallois est au F.M., je suis près de lui pour charger, des camarades sont derrière nous, armés de fusils. Jeannot Duby observe à la jumelle. Les miliciens se rassemblent dans la cour, lever des couleurs, la cible est belle mais on ne tire pas. Tout à coup, un groupe d'Allemands arrive en chantant, il est onze heures environ. Une mitrailleuse de l'adjudant «Métal» ouvre le feu, tous les F.M. tirent à leur tour. L'ennemi met longtemps à riposter, puis tire des fenêtres du château. Nous avons nettement l'avantage. Le combat dure jusqu'à douze heure trente environ. Une à une, les armes automatiques se taisent.

Jeannot Duby, qui pense que nous devons couvrir le repli, donne l'ordre de continuer le tir et, quand tous les groupes semblent avoir rejoint la hase de départ, nous décrochons. Rejoignant nos camarades par un vallon herbeux, nous sommes pris sous le feu d'une mitrailleuse lourde qui, fort heureusement, ne nous atteint pas. Nous retrouvons tout le monde. Nous regagnons Luitet, les camions et Livet. Au café, nous nous installons pour manger. Porte s'aperçoit qu'il a oublié son sac sur les lieux du combat et demande à Bison de désigner quelqu'un pour aller le récupérer. Le sac contient des grenades offensives et des documents. Bison va prendre un vélo chez l'instituteur qu'il connaît et part chercher le fameux sac. Nous regagnons notre nid d'aigle. Le lendemain, Bison n'est toujours pas la et nous apprenons qu'au retour il a force à vélo un barrage de miliciens qui ont tiré et l'ont blessé. Le croyant probablement mort, ils n'ont pas suivi ; il est à l'hôpital du maquis à l'Alpe d'Huez. Les journaux annoncent laconiquement, le lendemain : dix-sept mili- ciens et quatre Allemands tués.

 

RÉCIT DU COMBAT DU POURSOLET (13 AOÛT 1944)

Après Miribel, le 19 juillet, la section est envoyée au Mollard-de-Lavardens, dans la vallée de la Roizonne. Le 30, au rapport, Porte nous lit un ordre du jour du Capitaine «Officiers, sous-officiers et soldats du maquis du secteur I, nous allons être prochainement attaqués en force par la Wermacht. Le Vercors, trahi, vendu, est tombé. Nous vengerons le Vercors ! Un maquisard du secteur I vaut dix boches ; le débarquement dans le Sud est proche. L'Oisans restera libre. Haut les cœurs et vive la France ! ». Le texte est bien à l'image de notre commandant de secteur... (...)

Les Allemands ont fait placarder dans les villages un avis notifiant que les groupes armés de nos vallées seront considérés comme des francs-tireurs et devront être abattus sur place s'ils sont pris (…)

Bison revient et prend le commandement de la section. Le 11 août, Porte ordonne le mouvement sur la Morte, puis au  Grand Serre,  pour une mission d'observation et éventuellement de couverture. Le 13 à quatre heures, nous partons avec nos armes et des munitions, nos sacs restent sur place. Au-dessus de Rioupéroux, les Allemands sont là et bien là, avec des moyens importants. Il est impossible de tenter un passage. Vers dix heures, Bison décide de remonter, mais une violente fusillade éclate au-dessus de nous, nous obligeant a forcer l'allure. L'une de nos infirmières, Anjo, nous raconte que les Allemands ont attaqué en force au Poursollet, il y a eu plusieurs tués et blessés ; elle nous dissuade de monter, nous n'avons aucune chance de nous en tirer. Bison transmet les ordres : cacher les armes et se disperser par groupes de trois ou quatre, rejoindre Le Rivier. Le 14, nous sommes tirés à la mitrailleuse lourde. Après de multiples péripéties, nous arrivons au village de Saint-Pierre-de-Mésage : c'est l'effervescence, la joie. On nous identifie comme des maquisards et on nous annonce le débarquement en Provence. Enfin, la Libération est proche Î

Le 13 août, nos camarades élèves-maîtres ont payé un lourd tribut. L'un d'eux, Charly, est tué au combat. Max Robert a réussi à s'enfuir ; il arrive à Gavet, va voir l'institutrice, il erre dans le village ; Voyant arriver des Allemands, il se met à courir. Il est aussitôt arrêté, conduit a la Kommandantur, interrogé brutalement. Conduit au bord de la  Romanche, il est abattu et jeté dans le torrent. Il aura eu le temps de crier « Vive la France ». Un officier racontera à l'institutrice la fin de Max et dira : « Nous venons de fusiller un grand Français ». Le père et le frère de Max retrouveront son corps sur un banc de sable plusieurs jours après.

Georges Duffaud, lui, a réussi à atteindre le hameau de Clots-de Rioupéroux. On lui indique une cachette dans les bois. À une maison on lui donne un morceau de pain, il sort et tombe sur une patrouille allemande. Il est arrêté, conduit au siège de la Gestapo, interrogé, battu. Il s'accusera d'avoir volé le pain, ne voulant pas exposer sa bienfaitrice à des représailles. Il est ramené aux Clots, conduit vers sa cachette, encore battu. Les nazis lui font creuser sa tombe et il est abattu. Quand on observe la date, ces deux garçons sont des morts de la dernière heure: le 19 août, les Américains sont signalés au col de la Croix-Haute. (...)

Après la Libération, les « Porte >' seront dispersés, certains incorporés au 1°BIC. iront en Maurienne poursuivre et attaquer les Allemands ; ce bataillon deviendra le bataillon de l'Oisans et participera à la campagne de Maurienne et d'Italie au printemps 1945. D'autres garçons se feront incorporer à l'armée venue d'Afrique et iront jusqu'au Rhin et au Danube.

Au sein de notre amicale, nous nous posons souvent des questions, sur la tragédie du 13 août, mais aussi sur notre action dans la Résistance et au maquis. La réponse est venue de « Briançon» lors de l'une de nos rencontres, un 13 août. Le mérite de l'Oisans a été d'immobiliser une division allemande de montagne qui aurait été bien utile ailleurs. La Résistance a permis que Grenoble soit atteinte par les Américains le 22 août 1944, à J + 7, alors que cette libération était prévue pour J + 90.

Les « Porte » ont conservé leur idéal de lutte contre les dictatures, contre le racisme. Ils manifestent la même fraternité qu'en 1944 et se retrouvent le 13 août au Poursollet pour honorer leurs morts et les morts de toute la Résistance.

Compléments & précisions
Soixante ans après, lorsqu'ils se rencontrent, les Brûleurs de Loups s'appellent toujours par leurs totems. Précisons donc:

En septembre 40,
André BAROZ est CANARD (décédé)
Aimé BERTHOLLET est BISON
Maurice COTTIN est KANG (OUROU) (décédé)
Clément GUILLET est OURSON
André LICHTLÉ est FURET (décédé)
Henri PELLET est HIRONDELLE
Émilien ROCHE est CHEVREUIL (décédé)
Citons également:
Maurice PETIT, Inspecteur de 1'enseigne- ment, conseiller de clan, (décédé)
Charles BRUNET-JAILLY, instituteur à Échirolles.  (décédé)

Un peu plus tard,
Maurice COING est MARMOTTE  (décédé)

Sont arrivés en septembre 1942:
Jean BORNERAND : MÉHARI (décédé)
Pierre EYGLUNENT : ÉPERVIER
André RIBOT : BÉLIER (décédé)
Pierre SAGE: CARIBOU

Puis, début 1944, entrent au clan:
Raymond DUBOIS-CHABERT (décédé), Jeannot DUBY, Georges DUFFAUD, Milou GAU- THIER, Robert METTRAL, Joseph PERROUD, Max ROBERT, Hubert RUGGIERI,Charly VALLIN.

Les «Brûleurs de Loups » sont les «BDL». Ils ont fortement influencé la section Porte et sont à l'origine de l'«Amicale des anciens de la section Porte », de ses réunions, de son animation, de son esprit: nous termi- nons toujours nos échanges épistolaires par « Fraternellement à toi ».

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